Le 10 avril apparaît sur la blogosphère la première mention d'un sondage réalisé par le CEVIPOF, institution reconnue annonçant Le Pen arrivant en tête du premier tour de scrutin du 22 avril. L'information circulait déjà depuis un moment sur les boites mails. Très rapidement devant la viralité du message, le CEVIPOF publie un démenti révélant ainsi la manipulation, celle-ci n'aura duré que 2 jours mais déjà la dramaturgie sondagière de cette fin de campagne semble atteindre son paroxysme au regard de la vitesse de propagation de l'information. Pourtant aucun journaliste ne s'est fait le relais du canular.

Et dès le lendemain ce qui était initialement un canular réapparaît (aujourd'hui 13 avril 2007) sous une autre forme mais cette fois ci directement sur le site du Nouvel Observateur. Le sondage émanerait maintenant des RG et donnerait lui aussi Ségolène Royal absente du premier tour. Dès la sortie de l'article à midi le nombre de commentaires explose (plus de 600 réactions à 19h00) mais nombreux sont ceux qui mettent en doute la véracité du "scoop" :

AstroT écrit : Joffrin bientôt inculpé de divulgation de fausses nouvelles ?
le Nouvel Obs' met en ligne des sondages fumeux sans vérifier ses sources! Même Minute manifeste parfois plus de déontologie... Il parait que Bazin a mis sa démission dans la balance pour obtenir un démenti de la rédaction, cela suffira-t'il ? Rien n'est moins sûr... Le Nouvel Obs' c'est plus ce que c'était, Jean Daniel doit se retourner dans sa tombe ;(
Des internautes avisés et attentifs ressortiront même des tréfonds du web cet étonnant "hoax" jouant sur un registre analogue : Jean Marie Le Pen alors au second tour était crédité de 42% d'intentions de vote selon un sondage des mêmes RG, le hoax appelant alors à se mobiliser et à aller voter pour éviter ce score catastrophique (même appel à voter d'ailleurs pour le faux sondage du CEVIPOF). Et pourtant rien ne transparait sur le site du Nouvel Observateur qui ne change pas sa page d'accueil... mais réalise plusieurs réécritures successives de l'article au cours de la journée sans en informer les lecteurs ! Méthode plus que déontologiquement discutable car si le web permet effectivement de corriger en temps réel des articles il est d'usage d'indiquer les ajouts réalisés (comme les blogueurs le font parfois avec les balises update) ainsi que les suppressions (par exemple barrer les contenus supprimés en les laissant lisibles). Ainsi on apprend à mesure des réécritures que les RG ont démenti l'information mais que le Nouvel Observateur maintient car selon leurs sources l'étude positionne Bayrou, Le Pen et Royal au coude à coude loin derrière Sarkozy, configuration qui pourrait donc aboutir effectivement à la non-présence de la candidate socialiste au second tour.

Ainsi entre la première version de l'article laissée en ligne plusieurs heures et les suivantes, les informations communiquées ont grandement évolué sans qu'à aucun moment l'édition en ligne de l'hebdomadaire ne publie un démenti, supprime l'article en attendant d'avoir des informations plus précises, informe du caractère "en construction" de l'article ni ne change sa page d'accueil sur laquelle on a pu lire toute la journée en tête de page Les RG éliminent Ségolène Royal au 1er tour.

Le magazine aura au final fait preuve d'une inquiétante opacité sur sa "construction du fait journalistique" en ne maitrisant pas les codes et les usages de la publication web, en n'informant pas ses lecteurs de la polémique autour de l'article. Les réactions des lecteurs, les interrogations, les prises à parti, les compléments d'information, les mises en perspective auront prouvé à nouveau l'impact des commentaires sur l'activité des médias en ligne et ont accompagné tout du long l'affaire. Ils sont une source passionnante pour reconstruire a posteriori les évènements de la controverse.