La chasse au "off"
Par Guilhem Fouetillou, mercredi 6 décembre 2006 à 20:41 :: Communication politique
A l'heure d'Internet, nombre de contenus "user generated" se retrouvent fortement médiatisés et concurrencent l'information produite par les médias traditionnels. Ce constat prend une tournure toute particulière lorsqu'il s'agit d'une campagne politique et que ces contenus "user generated" sont en fait le résultat d'une chasse au "off" qui pourrait ternir l'image d'un adversaire ; activité que les américains nomment plus généralement "opposition research". En août dernier l'affaire George Allen avait fait grand bruit de l'autre côté de l'atlantique.
Ces campagnes de dénigrement, grandement facilitées par le succès des sites de partage de vidéo et la forte porosité des blogs à ce type de contenus viraux, fait aujourd'hui dire à nombre d'experts en communication politique, que le "off" est voué à disparaitre et que tout homme politique en campagne devra en permanence contrôler, surveiller, lisser ses paroles et ses gestes.
L'exercice du "off", à l'ère des médias traditionnels, était balisé par un tacite consensus entre journalistes et politiques : ces derniers profitent de cet espace de respiration pour lâcher petites phrases et messages chocs, les premiers acceptent les termes de cette trêve de la plume pour obtenir confidences et une plus grande proximité avec le politique. Quiconque circonvenait à la règle se retrouvait mis au ban de l'exercice. A la différence du journaliste, un citoyen qui produit un contenu médiatisé est anonyme, pluriel et interchangeable, il n'a pas à se soucier de respecter la règle du "off", s'il est repéré et "écarté", un autre prendra sa place.
Aujourd'hui cette information créée hors des chaînes de production médiatique traditionnelles peut avoir un véritable impact. A cela deux explications :
- leurs producteurs anonymes possèdent des outils d'une puissance analogue à ceux des journaliste pour la production de cette information (appareils photo numérique, caméra numérique, enregistreurs numériques, logiciels de montage et d'édition)
- ceux qui instrumentent ces contenus peuvent user de moyens de diffusion dont l'impact peut égaler et parfois supplanter les moyens de diffusion des médias traditionnels (la vidéo de ségolène royal sur les 35 heures au collège en étant postée sur dailymotion a été, 24 heures durant, la requête la plus demandée sur technorati au niveau mondial!).
C'est le rôle de facteur limitant des dispositifs technologiques de diffusion de l'information qui disparaît à l'heure à laquelle le web devient le medium intégrateur par excellence par lequel transite tout message et pouvant être utilisé à cette fin par un cercle beaucoup plus large que celui historique des journalistes de radio-presse-television.