Comparini, Devedjian : itinéraire d'une épidémie

La vidéo de Patrick Devedjian insultant Anne Marie Comparini est partie pour être le nouveau viral qui va faire trembler le web français. Comme pour Nicolas Sarkozy à la conférence de presse du G8, les images ont d'abord été diffusées sur une chaine de télévision avec un audimat limité, TLM chaine locale lyonnaise ; puis ont été immédiatement reprises et mises en ligne sur la plate-forme Dailymotion. En passant de la télévision au net, la vidéo s'extrait de son flux et devient répétable à l'infini. L'url peut alors commencer à se répandre selon les mêmes modèles qu'une épidémie, elle part d'un foyer, se diffuse par différentes voies (mails, chats, forums), contamine les individus les plus exposés et vulnérables comme ceux-ci, et se diffuse d'autant plus vite que le réseau est densément maillé et dynamique. A noter que les médias traditionnels continuent à abaisser le niveau de leurs défenses immunitaires face aux viraux portés par le web, la preuve en est que moins de 24 heures après la mise en ligne de la vidéo, France Inter par exemple traitait déjà l'information dans son journal et offrait au viral une démultiplication de son impact en terme d'audience.

Plus de 10 millions de consultations pour Sarkozy au G8

Alors que quelques phares de la blogosphère ont commencé à s'intéresser aux chiffres que nous publions depuis hier, c'est la barre des 10 millions de consultations qui a été franchie au milieu de l'après midi. A 20h00, le compteur affiche 10 361 175 visionnages des différentes occurrences de la vidéo controversée du président français au G8.

Comme nous l'annoncions dans le dernier billet, l'internationalisation du phénomène se confirme. Pour le montrer nous avons séparé les audiences des vidéos de Dailymotion (audience principalement française) et de Youtube (audience internationale). Les courbes sont sans équivoque, elles prouvent un infléchissement de l'audience française contrairement à l'audience internationale qui continue son accélération !

Consultation de la vidéo de Nicolas Sarkozy (mise à jour)

Ci-dessous la courbe de consultation de la vidéo de Nicolas Sarkozy au G8 qui continue à battre des records d'audience mondialement. Les chiffres obtenus ont été calculés à partir des 70 occurrences les plus consultées de la vidéo sur Dailymotion et Youtube. A 11h00, l'audience cumulée atteignait 9 526 141 visionages.

Il est à noter l'apparition progressive de vidéo commentées en anglais et associant des mots clés dans cette même langue au nom du président, vidéo dont les visionages sont en forte croissance. Le "non-évènement" continue à se diffuser et à intriguer, amuser des millions d'internautes.

Vidéo de Sarkozy au G8, un impact sous-évalué

Pour ceux qui n'avaient pas encore fait le rapprochement, nous parlons depuis deux billets de la maintenant célèbre vidéo de Eric Boever, présentateur d'un journal télévisé de la RTBF, qui a présenté les images de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy au G8 en annonçant que ce dernier n'avait surement pas bu que de l'eau. Depuis la mise en ligne de la première de ces vidéos (depuis plus de 150 versions ont été postées tant sur Dailymotion que sur Youtube) le 8 juin par un jeune belge de 20 ans nommé Thomas Lesui, la séquence a connu un succès phénoménal comme rarement sur le web dans le passé.

7 427 500 visionnages. C'est le chiffre hallucinant atteint en 117 heures (un peu moins de 5 jours) pour cette vidéo. Ce qui étonne encore plus c'est la courbe d'évolution des visionages de l'ensemble de ces vidéo qui ne montre aucun ralentissement depuis 2 jours dans son rythme effréné de 100 000 visionnages supplémentaire par heure (chiffre régulier de jour comme de nuit prouvant ainsi le caractère international du phénomène).

Notons au titre des performances de cette vidéo le fait qu'elle est en passe de devenir la 2ème vidéo la plus vue de toute l'histoire de Dailymotion (elle dépassera bientôt la vidéo "Le vrai Sarkozy" qui a mis plus d'un an à atteindre les presque 3 millions de visionnages sur Dailymotion seulement) et qu'elle occupe la 1ère, 9ème, 11ème et 14ème position au classement des vidéo les plus vues dans le monde au cours de la dernière semaine sur Youtube.

L'intervention du président de la république n'avait que très peu intéressé les médias français (contrairement à nombre de médias étrangers) mais les excuses publiques du journaliste de la RTBF ont par contre provoqué une dépêche de l'AFP. De plus il est intéressant de noter que ce qui avait été considéré comme un non-évènement par la quasi totalité des médias français s'impose finalement comme un évènement par l'intérêt que les internautes du monde entier y portent (même si pour le moment le véritable impact de la vidéo reste largement sous-évalué). Ainsi alors que lundi il était quasiment impossible de trouver mention de l'affaire c'est maintenant plus de 80 articles que propose de lire Google Actualité sur le sujet.

Au rythme de consultation observé, rythme qui comme nous le disions ne montre aucun signe de ralentissement, la vidéo dépassera l'audience d'un 20 heures de TF1 avant demain matin (8,5 millions), des deux journaux du soir (TF1 et France 2) cumulés sous 48 heures et de la finale de la coupe du monde de 1998 (plus haute audience de l'histoire en France avec plus de 20 millions de téléspectateurs) d'ici lundi prochain et ceci auprès des internautes du monde entier.

Deux questions alors se posent à nous au regard de ces chiffres qui donnent le vertige

Cette vidéo ne signe-t-elle pas la première victoire symbolique du web sur la télévision comme média de masse et d'influence en offrant une exposition à des images supérieure à celle qu'elles auraient eu si la télévision les avaient diffusées ?

Sachant que l'Elysée a déclaré qu'il n'était pas dans ses habitudes de commenter les plaisanteries de mauvais gout, peut on considérer que devant l'impact mondial de cette vidéo et ses conséquence négatives sur l'image de la France et du nouveau président, il s'agit d'une simple plaisanterie et non pas de la première "crise d'image mondialisée" du président Sarkozy ?

Encore et encore

Quelques chiffres aujourd'hui à 14h00 :

  • Plus de 4 300 000 visionages en 4 jours (la vidéo politique Française ayant cumulé le plus de visionages sur Dailymotion depuis la création de cette plate-forme vient de passer les 2 000 000 de visionages en plus d'un an)
  • Plus de 140 vidéo différentes diffusant le même contenu sur Dailymotion et sur Youtube
  • Les vidéo de Youtube et Dailymotion répliquées sur plus 300 blogs
  • Plus de 450 billets de blogs abordant l'affaire dans toutes les langues
  • Une des versions de cette vidéo est déjà la 3ème vidéo la plus vue dans le monde sur la dernière semaine selon Youtube
  • Deux autres version de cette vidéo occupent la 3eme et la 5eme place des vidéo les plus vues sur Dailymotion au cours du dernier mois
  • Parmi les 12 vidéo les plus vues de la dernière semaine sur Dailymotion 6 concernent cette séquence

Des airs de record

Plus de 2 600 000 à 19h00. Quasi 1 000 000 supplémentaires en moins de 4 heures. Etonnant record qui se prépare...

La suite demain !

Blogueurs 1 - Journalistes 0

A 17h30 et selon les premières estimations qu'il nous est légalement interdit de reprendre sur ce blog (quelle hypocrisie...), c'est la blogosphère française qui par son activité de citation sur la semaine précédant le second tour présente des parts de bruit médiatique qui approchent aux mieux les estimations des sondeurs. Nous vous reproduisons les résultats de la blogosphère publiés hier :

Nicolas Sarkozy : 54,45%

Segolène Royal : 45,55%


Monstres médiatiques

Etonnant travail d'un jeune designer/photographe sur les affiches parisiennes des candidats du second tour. Aucune retouche d'image, pas de grand angle ou autre optique déformante, juste des affiches telles qu'elles ont été collées...




Crédits : Julien Mélique

Etonnant sondage des RG

Le 10 avril apparaît sur la blogosphère la première mention d'un sondage réalisé par le CEVIPOF, institution reconnue annonçant Le Pen arrivant en tête du premier tour de scrutin du 22 avril. L'information circulait déjà depuis un moment sur les boites mails. Très rapidement devant la viralité du message, le CEVIPOF publie un démenti révélant ainsi la manipulation, celle-ci n'aura duré que 2 jours mais déjà la dramaturgie sondagière de cette fin de campagne semble atteindre son paroxysme au regard de la vitesse de propagation de l'information. Pourtant aucun journaliste ne s'est fait le relais du canular.

Et dès le lendemain ce qui était initialement un canular réapparaît (aujourd'hui 13 avril 2007) sous une autre forme mais cette fois ci directement sur le site du Nouvel Observateur. Le sondage émanerait maintenant des RG et donnerait lui aussi Ségolène Royal absente du premier tour. Dès la sortie de l'article à midi le nombre de commentaires explose (plus de 600 réactions à 19h00) mais nombreux sont ceux qui mettent en doute la véracité du "scoop" :

AstroT écrit : Joffrin bientôt inculpé de divulgation de fausses nouvelles ?
le Nouvel Obs' met en ligne des sondages fumeux sans vérifier ses sources! Même Minute manifeste parfois plus de déontologie... Il parait que Bazin a mis sa démission dans la balance pour obtenir un démenti de la rédaction, cela suffira-t'il ? Rien n'est moins sûr... Le Nouvel Obs' c'est plus ce que c'était, Jean Daniel doit se retourner dans sa tombe ;(
Des internautes avisés et attentifs ressortiront même des tréfonds du web cet étonnant "hoax" jouant sur un registre analogue : Jean Marie Le Pen alors au second tour était crédité de 42% d'intentions de vote selon un sondage des mêmes RG, le hoax appelant alors à se mobiliser et à aller voter pour éviter ce score catastrophique (même appel à voter d'ailleurs pour le faux sondage du CEVIPOF). Et pourtant rien ne transparait sur le site du Nouvel Observateur qui ne change pas sa page d'accueil... mais réalise plusieurs réécritures successives de l'article au cours de la journée sans en informer les lecteurs ! Méthode plus que déontologiquement discutable car si le web permet effectivement de corriger en temps réel des articles il est d'usage d'indiquer les ajouts réalisés (comme les blogueurs le font parfois avec les balises update) ainsi que les suppressions (par exemple barrer les contenus supprimés en les laissant lisibles). Ainsi on apprend à mesure des réécritures que les RG ont démenti l'information mais que le Nouvel Observateur maintient car selon leurs sources l'étude positionne Bayrou, Le Pen et Royal au coude à coude loin derrière Sarkozy, configuration qui pourrait donc aboutir effectivement à la non-présence de la candidate socialiste au second tour.

Ainsi entre la première version de l'article laissée en ligne plusieurs heures et les suivantes, les informations communiquées ont grandement évolué sans qu'à aucun moment l'édition en ligne de l'hebdomadaire ne publie un démenti, supprime l'article en attendant d'avoir des informations plus précises, informe du caractère "en construction" de l'article ni ne change sa page d'accueil sur laquelle on a pu lire toute la journée en tête de page Les RG éliminent Ségolène Royal au 1er tour.

Le magazine aura au final fait preuve d'une inquiétante opacité sur sa "construction du fait journalistique" en ne maitrisant pas les codes et les usages de la publication web, en n'informant pas ses lecteurs de la polémique autour de l'article. Les réactions des lecteurs, les interrogations, les prises à parti, les compléments d'information, les mises en perspective auront prouvé à nouveau l'impact des commentaires sur l'activité des médias en ligne et ont accompagné tout du long l'affaire. Ils sont une source passionnante pour reconstruire a posteriori les évènements de la controverse.

La chasse au "off"

A l'heure d'Internet, nombre de contenus "user generated" se retrouvent fortement médiatisés et concurrencent l'information produite par les médias traditionnels. Ce constat prend une tournure toute particulière lorsqu'il s'agit d'une campagne politique et que ces contenus "user generated" sont en fait le résultat d'une chasse au "off" qui pourrait ternir l'image d'un adversaire ; activité que les américains nomment plus généralement "opposition research". En août dernier l'affaire George Allen avait fait grand bruit de l'autre côté de l'atlantique.

Ces campagnes de dénigrement, grandement facilitées par le succès des sites de partage de vidéo et la forte porosité des blogs à ce type de contenus viraux, fait aujourd'hui dire à nombre d'experts en communication politique, que le "off" est voué à disparaitre et que tout homme politique en campagne devra en permanence contrôler, surveiller, lisser ses paroles et ses gestes.

L'exercice du "off", à l'ère des médias traditionnels, était balisé par un tacite consensus entre journalistes et politiques : ces derniers profitent de cet espace de respiration pour lâcher petites phrases et messages chocs, les premiers acceptent les termes de cette trêve de la plume pour obtenir confidences et une plus grande proximité avec le politique. Quiconque circonvenait à la règle se retrouvait mis au ban de l'exercice. A la différence du journaliste, un citoyen qui produit un contenu médiatisé est anonyme, pluriel et interchangeable, il n'a pas à se soucier de respecter la règle du "off", s'il est repéré et "écarté", un autre prendra sa place.

Aujourd'hui cette information créée hors des chaînes de production médiatique traditionnelles peut avoir un véritable impact. A cela deux explications :

  • leurs producteurs anonymes possèdent des outils d'une puissance analogue à ceux des journaliste pour la production de cette information (appareils photo numérique, caméra numérique, enregistreurs numériques, logiciels de montage et d'édition)
  • ceux qui instrumentent ces contenus peuvent user de moyens de diffusion dont l'impact peut égaler et parfois supplanter les moyens de diffusion des médias traditionnels (la vidéo de ségolène royal sur les 35 heures au collège en étant postée sur dailymotion a été, 24 heures durant, la requête la plus demandée sur technorati au niveau mondial!).

C'est le rôle de facteur limitant des dispositifs technologiques de diffusion de l'information qui disparaît à l'heure à laquelle le web devient le medium intégrateur par excellence par lequel transite tout message et pouvant être utilisé à cette fin par un cercle beaucoup plus large que celui historique des journalistes de radio-presse-television.

L'affaire Mayetic (1ère partie)

L'affaire Mayetic a déjà fait parler d'elle comme un cas idéal typique de stratégie d'utilisation du web pour médiatiser une affaire qui n'aurait surement pas, sans cela, fait autant de bruit.

Nous ne reviendrons pas sur les faits et leur chronologie, ceci peut se trouver facilement ici ou .

Ce qui nous intéresse, c'est de montrer comment les deux fondateurs de Mayetic ont réussi à mobiliser la blogosphère et à véritablement mener une campagne d'occupation du territoire numérique courant janvier et février 2006. Campagne dont on peut voir les résultats tant sur le territoire lui-même, de par son activité de navigation en surfant de site en site abordant le sujet, que par la lunette déformante des moteurs de recherche.

Les moteurs étant le mode d'accès principal au territoire d'information du web pour les internautes, nous commencerons par analyser comment ils couvrent cette "affaire" puis nous étendrons notre étude au territoire dans son ensemble.

Nous répétons que nous ne discutons pas ici de l'affaire en elle même et ne produisons aucun jugement sur la légitimité de Mayetic dans cette affaire.

Entrer par les moteurs

Méthodologie

Pour étudier la couverture de l'affaire Mayetic par les moteurs de recherche, nous avons sélectionné 6 moteurs de recherches, 3 généralistes (Google, Yahoo, Exalead) et 3 moteurs de Blogs (Blogsearch de Google, Technorati, Blogpulse). Nous avons soumis à nos moteurs la requête affaire mayetic et nous nous sommes limités aux 10 premiers résultats organiques [1] de chaque moteur en différentiant les trois premiers qui constituent le fameux triangle d'or.

Résultats

Dans les triangles d'or de nos 6 moteurs, nous trouvons 12 sites différents. Parmi ceux ci seulement 3 apparaissent dans 2 triangles d'or diffrérents, les 9 autres dans un seul.

Sur la totalité, nous obtenons 29 sites différents. Tous font référence à l'affaire Mayetic, aucune réponse non pertinente n'est proposée par les 6 moteurs parmi leurs 10 premiers résultats. Nous notons que seulement 4 sites ne sont pas des blogs, la blogosphère occupe véritablement le terrain des moteurs de recherche sur cette question. 10 de ces sites apparaîssent sur deux moteurs différents, 18 uniquement sur un (on voit ici que comme il l'avait déjà montré ça diverge dur entre les moteurs...).

Le site manquant (10+18=28 et non 29 :) ) est celui de miguel membrado qui est l'épicentre de l'affaire mayetic. Il réussit à apparaître parmi les 10 premiers résultats de nos 6 moteurs de recherche, il ne compose que deux triangles d'or. Ainsi malgré son action méthodique (comme nous le verons plus tard) d'occupation et de maillage du territoire numérique, seuls blogsearch de google et yahoo le positionnent de façon à être vu par tous.

Analyse topologique du corpus

Nous allons maintenant étudier la structure topologique de ces 29 sites, pour cela nous avons reconstitué à l'aide de nos robots le graphe des liens hypertexte entre ces sites, notre exploration a eu lieu le 22 mars 2006.

Constation immédiate à la lecture de la carte ci dessus, seuls deux sites parmi les 29 ne sont pas liés entre eux. Deuxième constat, nos 27 sites connexes présentent une unique partition, on ne repère pas de clusters oppositifs ou compétitifs comme l'on s'attendrait à trouver pour un sujet polémique comme celui-ci. La topologie semble ainsi nous indiquer qu'une unique voie est portée sur le web ou que du moins les moteurs de recherche ne proposent à l'internaute que les contenus produits par une communauté hypertextuelle. Une analyse plus fine du contenu nous permettra de savoir si l'irréductibilité topologique de notre sous-corpus préfigure une homogénéité de point de vue.

Nos 27 sites connexes présentent en interne une densité très élevée : 0,1225 soit plus de 6 liens entrant et sortant par site. Ce chiffre est largement au dessus de la densité moyenne du web. C'est là une marque de présence d'une communauté hypertextuelle structurée topologiquement à laquelle nos 6 moteurs de recherche nous donnent un accès partiel pour chacun. Si l'on continue à étudier la connectivité de ces sites, on retrouve une distribution hiérarchique proche d'une loi de puissance bien qu'elle ne soit pas très appuyée.

Au sommet de cette hiérarchie se situe le blog de Miguel Membrado qui est à la fois la première autorité avec 17 sites sur 28 pointant vers lui et le premier hub en pointant lui même vers 10 des 28 sites. Autorité suivante, le blog de Lionel Lindemann qui depuis janvier ne traite quasi exclusivement que de l'affaire Mayetic, suivi d'un autre blogueur des Hauts de Seine, star de la blogosphère. 9 sites parmi ces 27 ne reçoivent aucun lien et ne font que distribuer de la connectivité, on peut alors poser l'hypothèse selon laquelle ils se situent à la périphérie de la communauté révélée, tentant de s'y raccrocher mais non rattachée par elle. Enfin comme le montrent les arcs de couleur noire sur la carte, 13 sites possèdent des liens réciproques, on y retrouve les plus forts hubs et autorités, c'est bien là l'armature de notre structure communautaire. En effet les liens hypertextes partagés en tant que liens électifs réciproques sont un indice fort de structuration communautaire.

Analyse du contenu

Intéressons nous maintenant au contenu des articles produits sur nos sites. La présence du blog de Miguel Membrado dans les trois premières réponses de seulement 2 moteurs de recherche n'est pas la preuve d'un échec de la campagne Mayetic sur Internet. La réussite de celle ci est avérée par l'importante viralité des informations qu'il a initialement publiées sur le web et qu'il a communiquées à plusieurs centaines de blogueurs par une campagne d'emailing agressive.

Si l'on regarde les 12 sites composant les différents top3 de nos 6 moteurs de recherche, 11 présentent des billets qui sont soit un soutien explicite à Mayetic, soit une présentation "objective" de l'affaire expliquant en quoi Mayetic a été victime des agissements du député maire d'Asnières Manuel Aeschlimann. Le seul billet éclairant cette affaire différemment est celui de Koztoujours qui a d'ailleurs provoqué un grand nombre de commentaires (80 au jour où cette étude est écrite) et qui s'interroge sur les dangers d'une blogosphère qui "part en croisade sans aucune prudence".

Ainsi sous une apparente diversité, ce sont les éléments d'information produits par Mayetic qui sont repris, commentés, relayés sur tous ces blogs. La lecture topologique du corpus annonçait donc bien l'absence de contenus contradictoires sur cette affaire et la non présence d'une communauté hypertextuelle soutien au député maire ou à la municipalité d'Asnières. Nous verrons dans un prochain billet si cette non-présence est réelle ou uniquement le fait des verres déformants des moteurs de recherche.

Notes

[1] nous n'avons pas intégré les résultats sponsorisés car ceux ci ne reflètent pas la cohérence interne du réseau mais les politiques commerciales des clients de ces services

Le "cas" BLOGMILITANT

Notre étude sur l’UMP fait apparaître blogmilitant comme ressource importante de la blogosphère gaulliste. Cependant, blogmilitant n’a pas été sélectionné comme point d’entrée de référence pour construire notre « carte » du domaine (en rappelant que nous procédons par expansion à partir d’URL sélectionnées à la main). Cette éviction de notre liste mérite quelques commentaires.

Tout d’abord, en procédant à une extraction automatique des ressources abritées par cet hébergeur de blogs, on est rapidement confronté à une « curiosité » statistique : les 940 blogs abrités derrière la racine www.blogmilitant.com/all.php ont en moyenne seulement deux liens hypertextes : 1920 liens au total indexés par notre système dont 941 liens externes (reliant les bogs entre eux) et 979 liens internes aux blogs eux-mêmes. Autrement dit, un blog hébergé par blogmilitant.com n’a, en moyenne, qu’un seul lien interne et qu’un seul lien externe, comme si, par exemple, ces blogs n’avaient qu’un seul billet et qu’un seul « commentaire » en moyenne et qu’une unique ressource externe pointée (qui, d’ailleurs, en général, se trouve être l’hébergeur blogmilitant lui-même !)

Une telle « curiositié » statistique méritait une exploration manuelle et attentive. Nous avons donc examiné les 144 première URL répertoriées par blogmilitant.com. Voici les quatre catégories définies à-posteriori pour les classer :

Catégorie 1 : erreur « 404 », URL inaccessible
Catégorie 2 : les blogs n’ont qu’un titre et rien d’autre
Catégorie 3 : juste un post, des fois deux, sans commentaires ni liens
Catégorie 4 : blogs « normaux » (remis à jour, plusieurs billets, quelques commentaires, syndication, liens externes…même si les billets datent de plusieurs mois et qu’il n’y a pas eu de remise à jour récente)

Et voici leur répartition statistique :

blogs militants

La catégorie 2 est effectivement surreprésentée, laissant deviner que la grande majorité des blogs hébergés par blogmilitant sont presque « vides », hormis un titre. Cette catégorie inclue d’ailleurs aussi 5 URL qui renvoient à des publicités en ligne et 3 autres à des opposants de l’UMP ! Blogmilitant.com semble donc être peu « monitoré » ou encore « modéré » par un contrôle à posteriori et nombre des ressources hébergées sont largement vides de tout contenu. On comprend ainsi la raison qui nous a poussé à ne pas faire figurer blogmilitant.com dans nos ressources UMP représentatives, comme si l’on avait affaire là à un phénomène relativement factice. La cohérence de la blogosphère UMP (en termes de contenus comme de liens, autrement dit de travail de qualité des webmestres) apparaît d’autant plus manifestement que notre étude n’a pas pris en compte un objet aussi artificiel que blogmilitant.com. Il faut sûrement laisser encore un peu de temps à l’hégergeur pour maîtriser et susciter le développement de véritables contenus.

Interview Libération (en ligne)

L'interview remonte au 2 Février alors pourquoi ne pas l'avoir reproduite ici plus tot me direz vous... Et bien je n'en ai aucune idée!

«Pour les politiques, être sur le Web, c'est occuper le terrain»

Comme Dominique de Villepin qui s'essaie au chat [jusqu'à 19h30 ce jeudi], les hommes politiques français cherchent leurs places sur le Net
Décryptage avec Guilhem Fouetillou, doctorant en sciences de l'information à l'université de Compiègne


Le «chat» de Villepin sur le site de Matignon est-il un événement?
Ce «chat» n'est pas une première. De plus en plus d'hommes politiques ont recours à l'Internet pour parfaire leur communication, notamment à l'attention des jeunes très présents sur le réseau des réseaux. Nicolas Sarkozy a récemment invité des blogueurs connus comme celui de «Versac» ou «koz toujours» à ses voeux et s'est même fait «podcaster» par Loïc Le Meur. Cela a suscité pas mal de critiques, au point que Loïc Le Meur — qui n'est pas un journaliste professionnel — a décidé qu'à l'avenir, il demanderait aux internautes de rédiger les questions à sa place. Ces temps-ci, tous les hommes politiques et les leaders d'opinion cherchent à être présents dans la blogosphère en étant interviewés par des blogueurs connus. Ils pensent qu'à une époque où les corps intermédiaires sont en crise, ils envoient un signe de modernité en prouvant ainsi leur ouverture aux «vrais gens», aux citoyens lambda qui posent de vraies questions...

Mais ces «blogueurs» sont-ils vraiment des «Monsieur tout le monde»?
Bien sûr que non ! Les attachés de presse des politiques suivent la mode et ont tilté à la case «blogueurs» en identifiant quelques relais médiatiques de qualité sur l'Internet. Mais c'est évident, si cette crème cède à la «people-isation», elle peut perdre sa fraîcheur, sa spontanéité, son indépendance malgré elle. Si elle est invitée partout, elle fera partie du sérail, au même titre que les journalistes politiques. En ce moment, dans la blogosphère, c'est la course à celui qui verra le plus de monde...

Parle-t-on autrement de la politique dans la blogosphère?
Je n'ai pas spécialement l'impression que les blogueurs réinventent le journalisme politique. Ils ne sont ni meilleurs ni moins bons que les médias classiques, pas spécialement subversifs. Non, ce qui fait la différence, c'est le média avec lequel on a l'impression de se libérer des systèmes de diffusion classique. Avant, il y avait quelques émetteurs d'informations radio, quelques diffuseurs de télévision et quelques imprimeries chargés d'éditer les journaux. La nouveauté, c'est que si je croise quelqu'un de connu dans la rue, je peux le «mobloguer» en le prenant en photo ou en interview avec un simple téléphone portable et quelques minutes ou heures ou plus tard, le monde entier y a accès. Il n'y a plus de monopole de la diffusion de l'information, on est en train de s'affranchir complètement des contraintes très fortes des médias descendants classiques.

A quoi peuvent servir ces blogs pour les politiques?
Il y a deux types d'approche. Celle des élus locaux, pour lesquels le blog peut être par exemple un contre-journal à la communication d'une mairie comme à Puteaux. C'est un instrument parfait pour faire de la politique de proximité, à l'attention d'un petit nombre de gens bien ciblés. Et puis il y a le blog d'images, le blog à idées à dimension nationale comme celui de DSK. Et là, je suis un peu plus sceptique dans la mesure où ces gens n'ont en général pas le temps d'animer leur blog. Résultat, Jack Lang qui en a ouvert un a reconnu qu'il avait un rédacteur pour s'en occuper ! Les hommes politiques ne doivent pas faire croire que leur rôle est de dialoguer pendant des heures avec des internautes juste pour prouver leur proximité. Personne n'attend d'un ministre de l'Intérieur qu'il dialogue quotidiennement avec 60 millions de Français via l'Internet. Au moins, avec le «chat», c'est plus clair. C'est un rendez-vous ponctuel, filtré et qui fait événement parce qu'il est justement unique.

Comment voyez-vous les politiques utiliser l'Internet à l'avenir?
De plus en plus, les hommes politiques vont devoir être présents sur ces nouveaux territoires numériques. Certes, on ne gagnera jamais une élection avec l'Internet et la manière dont la candidature du démocrate Howard Dean - lancée sur et avec l'Internet - lors de la dernière présidentielle aux Etats-Unis s'est essouflée en est un révélateur. En revanche, il y a une prise de conscience de l'importance d'être présent sur le web, non pas à travers un blog ou un site mais par une vraie politique d'occupation du terrain au sens large du terme. Demain, il faudra être capable d'investir un ou des sujets particuliers en ligne et de construire autour de ses thématiques un réseau de sites afin de faire circuler l'information. C'est le même travail de maillage que l'on peut faire sur un marché ou dans un quartier mais étendu à ce territoire immense qu'est le monde des réseaux. Cela a été très bien fait par les partisans du non sur la constitution européenne. Au final, quand on allait sur Google s'informer sur les débats sur la constitution, on se rendait très vite compte que le web était un territoire d'informations majoritairement orienté vers le non. Cela a bien dû jouer.

Y-a-t-il des hommes politiques en France qui ont déjà particulièrement investi ce nouveau terrain?
Nicolas Sarkozy est à ce jour certainement l'homme politique qui est le plus en pointe. Il a même un conseiller en communication électronique mais cela ne l'a empêché de faire des erreurs. L'achat de mots-clés comme «banlieue» ou «socialiste» sur Google pour donner de la visibilité au site de l'UMP a été très mal ressenti par les internautes, tout comme les campagnes de spams autour de l'UMP. Ce genre de communication de masse rappelle le temps des anciens médias, d'une certaine propagande aux antipodes d'une génération numérique très allergique à la pub, aux spams et à toutes les intrusions dans leur vie privée. Par contre, leur idée de créer une plateforme de blogs UMP ou sarkozystes, afin d'occuper ce nouveau terrain numérique va tout à fait dans le sens de ce qu'il faut faire. Cela permet de reformuler, de redistribuer la parole d'un candidat, non pas sur un seul blog ou un seul site, mais de l'outiller pour porter ses idées auprès de communautés très diverses sur le réseau.

par Christophe ALIX
LIBERATION.FR : vendredi 03 février 2006 - 15:25

Campagne pourrie?

Découverte amusante cet après midi et qui devrait surement intéresser Arnaud Dassier pour la campagne Internet de N****** S******, ministre de l'intérieur, président de l'UMP et présidentiable. Voyez le premier résultat (ou deuxième parfois allez comprendre) Google à la requête pourrir. Un petit lien commercial vers le site de l'UMP serait bienvenu pour contrebalancer cette opération anti-spam...