Excellent billet de Versac aujourd'hui sur les limites du moteur Technorati. Je n'ai rien contre Christophe Carignano mais étant donné que c'est l'exemple utilisé chez Versac je me permettrai d'illustrer mon propos par ce blog en particulier.

La question de fond soulevée est celle des outils de mesure d'autorité des sites web. Avant tout n'oublions pas les enseignements du professeur Ertzscheid et commençons par préciser qu'autorité n'est pas notoriété tout comme d'ailleurs mais c'est une autre histoire influence n'est pas affluence.

L'autorité sur le web est acquise en étant pointé, en recevant des liens hypertexte venant de sites ayant eux même une forte valeur d'autorité (phénomène de renforcement mutuel). C'est du moins de cette manière qu'ont été pensés les algorithmes de mesure d'autorité (PageRank de Brin et Page, Hits de Kleinberg, Salsa de Lempel et Moran etc.) qui régissent l'indexation des moteurs de recherche. Cette autorité algorithmique fait pourtant l'impasse sur une composante fondamentale du processus de construction d'une autorité : l'autorité se construit avant tout au sein même de son propre domaine de connaissance avant d'éventuellement s'étendre. Arsène Wenger est une autorité reconnue d'abord dans le domaine du football mais pas dans celui de l'astrophysique ; Hubert Reeves inversement. Leur statut d'autorité n'est pas le résultat de leur notoriété (qui a d'ailleurs suivi et non précédé leur autorité) mais bien celui d'un processus d'élection réalisé en premier lieu par leurs pairs. Ainsi c'est localement, au sein des communautés thématiques, que devrait se mesurer l'autorité.

Revenons donc à Technorati et aux problèmes que pose l'utilisation de ce moteur pour mesurer l'influence de blogs : Christophe Carignano, comme le montre Versac, profite de plusieurs centaines de liens venant de portails, de petits moteurs, de spam etc, en quelque sorte des générateurs de liens qui parce qu'ils produisent des millions de liens vers toute sorte de ressource sans aucune sélection suppriment toute valeur élective, de marqueur d'autorité au lien hypertexte. Ainsi l'autorité supposée que Technorati donne à Christophe Carignano est en grande partie factice et aucunement représentative d'une reconnaissance de ce blogueur au sein de sa propre communauté : celle de la blogosphère politique.

La véritable question est alors la suivante : quelle autorité est conférée par la communauté des blogueurs politiques, donc par ses pairs, à Christophe Carignano. Autrement dit et vous m'aurez vu venir : quelle est la position de Christophe Carignano non pas sur Technorati (outil macro peu regardant sur les sources) mais au sein même de la blogopole.

Pour le positionnement géographique vous le découvrirez très bientôt pour la sortie de la nouvelle blogopole, mais pour le classement -car c'est effectivement de classements que sont friands les journalistes-, je peux déjà vous annoncer que nos observations vont dans le sens de Versac et remettent en quelque sorte les choses à leur place conférant à Christophe Carignano la 194ème place au jeu du nombre de liens entrants tissés par ses pairs ou du moins dans cette région singulière du web qui est celle des blogueurs politiques. 194ème place qui le situe dans les 10% des sites les plus liés au sein de cette nouvelle blogopole (plus de 2000 sites et blogs) mais assurément pas dans les 10 premiers sites ni parmi les 10 premiers blogueurs.

Ce type d'observation tend à montrer les limites des moteurs généralistes qui construisent leurs indicateurs d'autorité sur une approche globale, non située, non thématisée. Cela prouve non pas l'inutilité de Technorati (qui est ni plus ni moins utile que Google, Blogsearch, Blogpulse, Yahoo, Exalead) mais la nécessité de compléter l'offre des moteurs généralistes par la construction de moteurs thématiques spécialisés couplant l'humain pour la construction des corpus à la machine pour leur indexation.

<update> Il semblerait que Christophe Carignano ait pris le billet de Versac pour une attaque de basse politique sans s'attarder sur les limitations du moteurs technorati... Evidemment l'observatoire reste neutre dans tout cela : d'autres blogueurs auraient pu illustrer notre exemple. Nous reviendrons d'ailleurs dans les jours à venir sur les différences entre le classement bonvote et notre nouvelle blogopole </update>